Mot de la direction

TOUT RENDRE !

Parce que nous tous, nous tous, nous tous ne faisons que prendre, et voilà pourquoi nous pleurons. Tout ça, ce que j’ai, tout ça n’est pas à moi, tout ça je dois le rendre, tu comprends, le rendre ?! Tout rendre !

Ivan Viripaev, Les Enivrés

Groupes de créateurs, nous voilà rassemblés au cœur de la saison théâtrale 17-18 du Prospero. Le temps d’une programmation pour certains, pour d’autres, dans le prolongement d’un parcours déjà amorcé, nous serons réunis pour donner, pour « rendre », dirait Viripaev. Qu’avons-nous en commun ? Un désir, je le crois bien, celui qui nous tiraille et nous met en danger : donner et rendre malgré le doute et les imperfections qui, on le sait bien, seront exposées tout autant que les beaux coups.

Le souhait aussi qu’une magie opère par petits moments de grâce ou de miracles ; moments durant lesquels les « dieux » sont présents, on entend la musique du silence, le public et les artistes se réjouissent.

En ouverture de saison, deux créations du Groupe de la Veillée sur la scène principale. Puis s’enchaîneront dix autres propositions de compagnies québécoises et d’ailleurs. Nous dessinerons ensemble un portrait de notre humanité plurielle que nous traduirons non pas tel un miroir direct de l’actualité, mais en foulant des chemins de traverse où un espace royal à la puissance de l’imaginaire, aux auteurs et à leurs interprètes sera privilégié. N’est-ce pas dans l’indicible, l’inexplicable, dans l’intervalle du mystère que nous rencontrons plus profondément le réel ?

Les portes de la scène principale et de la Salle intime du Prospero s’ouvriront sur des territoires culturels contrastés pour y entendre la langue énigmatique d’Arne Lygre et de Jon Fosse, tous deux Norvégiens, l’écriture intarissable et surprenante d’Ivan Viripaev – celle de Shakespeare : qu’en dire ?  – celle du résistant Lars Norén, du lumineux Fabrice Melquiot, de l’enfant terrible de la dramaturgie allemande Marius Von Mayenburg ; du Québec, on écoutera les histoires de Sébastien Harrisson, d’Olivier Sylvestre, les voix émergentes d’Édith Paquet, de Marc-André Thibault ; de l’Alberta, on découvrira celle d’Elena Belyea.

Onze compagnies de création ont convoqué des équipes d’acteurs impressionnantes autant par leur nombre que par leur composition, d’autres proposeront des seuls en scène. Chaque projet chantera sur tous les tons notre vie, notre monde.

Carmen Jolin
Directrice artistique et générale