Mot de la direction

Nous avons si peu de temps pour aimer, pour agir. Alors, débattons, débarrassons la table, faisons s’entrechoquer les idées, les formes, les cœurs ; invitons la splendeur et l’aplomb sur nos scènes, et réaffirmons le pouvoir modeste et grand à la fois de la création.

Servir son époque, c’est parfois, c’est souvent s’y opposer. L’histoire est remplie de récits d’hommes et de femmes qui tels des guerriers ont ouvert des passages dans des forêts qui semblaient infranchissables. Des fils et des filles qui se sentaient à l’étroit dans leur présent.

Spectateurs exigeants et capables d’audaces, les artistes de la saison 18-19, sensibles à vos envies de surprises, à votre ouverture, vous convient à des rencontres qui bousculent les frontière. Leurs antennes farouchement branchées sur ce qui se trame dans le monde, désireux de le traduire de manière étonnante et le plus authentiquement possible, ils souhaitent être des représentants du réel, le délivrer de ses apparences, dévoiler ses parts cachées, pour qu’elles deviennent lisibles à tous.

Que verra-t-on sur nos scènes ? Quinze compagnies théâtrales issues du Québec, du Canada et de la France, onze spectacles, des récits issus d’un présent brûlant (Laurent Gaudé, Michel Ouellette, Emmanuelle Jimenez, Tim Crouch), des histoires inspirées de temps plus lointains (Jelinek, Fassbinder, Tchekhov), des personnages sortis de brumes magiques dont les voix nous parlent de guerres inutiles et vaines qui sonnent clairement le temps de l’affranchissement ; d’autres démusellent des mythes anciens et créent un joyeux bordel dans notre présent.

Ballottés entre un passé qui contient tout ce que nous sommes et un avenir qui nous propulse à vive allure, essayant de vivre dans un présent qui file si vite que le voilà déjà derrière nous, il nous reste à vivre dans une extrême souplesse, en mouvement, tels des danseurs ou acrobates, dans l’univers des possibles, enchantés d’être vivants.

 

Carmen Jolin
Directrice artistique et générale

Photo Jean-François Brière