Crédit photo : Émilie Lapointe

Mot de la direction

SAISON THÉÂTRALE 20-21

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La table est pleine ! Le carnet, rempli. Il y a beaucoup à faire. Il est temps de rouvrir nos lieux de rencontre, de réflexion et de création, de rétablir ce dialogue avec vous et habiter la distance qui nous a tenus éloignés.

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Après plusieurs mois d’interruption de nos activités habituelles, le théâtre Prospero entre dans un exercice délicat de retrouvailles.

Oui, il y a eu cette conjoncture inattendue et sans précédent qui plonge encore dans une incertitude des projets futurs. Oui, il y a eu cette mise en danger qui a laissé sur la paille des travailleur·euse·s culturelles et des artistes coupé·e·s non seulement de leur gagne-pain, mais aussi de leurs désirs, de leurs projets.

À cet événement déjà grave s’est rajoutée une puissante protestation mondiale qui constituera peut-être un tournant de notre aventure humaine. Des images cruelles et crues, difficiles à regarder, habitent encore nos esprits. Elles ont fait le rappel choquant et brutal des inégalités persistantes et profondes entre les groupes humains.

C’est avec ces préoccupations et ces profonds bouleversements en tête qu’une partie de cette saison 2020-2021 a été repensée.

Avant de revenir au spectacle en janvier 2021, et en écho à ces soulèvements, le Prospero ouvrira ses portes à une édition exclusive de Territoires de paroles, événement dont certains d’entre vous sont déjà familiers. De septembre à décembre, une quarantaine d’artistes de plusieurs communautés culturelles seront à l’œuvre; six projets d’exploration, six laboratoires avec des formules de partage au public permettront de pénétrer en intimité dans les remous de notre époque et ses urgences.

La seconde partie de la saison présentera les créations déjà prévues, puisque, par chance, elles peuvent de dérouler dans le cadre des conditions nouvelles de sécurité imposées aux arts de la scène. Christian Lapointe, Céline Bonnier, Emmanuel Schwartz, Sophie Desmarais, Roland Auzet (France), Sophie Cadieux, Florent Siaud, et plusieurs artistes de la relève donneront corps à des œuvres théâtrales dont la plupart seront créées pour la première fois en Amérique du Nord :

The One Dollar Story du Français Fabrice Melquiot, Quand nous nous serons suffisamment torturés, du Britannique Martin Crimp, Mourir tendre du Caribéen Guy Régis Jr, puis en reprise, 4.48 Psychose de Sarah Kane.

« Regardez-moi disparaître, regardez-moi, regardez. C’est moi-même que je n’ai jamais rencontré, dont le visage est scotché au verso de mon esprit. » Est-ce dans ces mots de Kane, qui clôturera la saison 20-21, que semble désormais résonner la voix de toute une société ? Une société en quête de changements profonds, avançant à l’aveugle sur une ligne de crête dans un équilibre fragile. La force de ce rappel est porteur. Cela débute par le cri, mais une eau nouvelle jaillit de cette place que nous avons donnée aux faits et à la traduction de ce tumulte en chant d’espoir.

Ainsi, nous revenons au théâtre avec de nouvelles ferveurs, sillonner nos angles morts et parfois bousculer nos certitudes. Cet espace interdit durant des mois a maintenant soif de rassemblements des corps; ceux des artistes et des publics réunis dans leur vibrante présence.

Dans une jauge de 50 personnes, chaque précieux spectateur, chaque spectatrice attentive se fera l’ambassadrice, le témoin de nos gestes, de nos danses, de nos promesses.

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SALLE INTIME en silence.

Nous avons été dans l’obligation de fermer notre salle intime. Si intéressante en temps normal, cette intimité, qui en faisait tout son charme et sa spécificité, est devenue dans les circonstances un empêchement. Nous sommes désolé·e·s pour tous ces artistes qui ont dû renoncer à leur projet de création. Plusieurs d’entre eux et elles seront présentés dans une saison ultérieure.

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NOTRE AMITIÉ à tous ceux et celles qui ont vécu des moments difficiles et douloureux.

NOS SALUTATIONS à tous les travailleurs et travailleuses en poste durant cette longue période à imaginer des solutions et à les appliquer.

NOS REMERCIEMENTS à nos gouvernements fédéral et provincial, Patrimoine Canada, ainsi qu’aux Conseils des arts du Canada, du Québec et de Montréal pour le soutien qu’ils ont manifesté à travers leurs programmes d’aides financières qui furent essentielles au maintien de nos structures; les défis demeurent et nous les convions à poursuivre leurs actions, car le secteur des arts de la scène et plus particulièrement du théâtre fait face à une précarité dont les conséquences pourraient être graves.

Aux publics qui ont offert la valeur de leur billet pour les spectacles annulés.

Aux partenaires qui malgré une année qui s’annonce encore sous le signe de l’incertitude nous ont assuré de leur appui financier – la Fondation J. Armand Bombardier et une autre fondation qui désire rester dans l’anonymat, Hydro-Québec, Québecor.

À nos donateurs et donatrices qui ont maintenu leur engagement.
À nos fournisseurs et partenaires de services.

Carmen Jolin
Directrice artistique et générale