Mot de la direction

TOUT ÇA, CE QUE J’AI, TOUT ÇA N’EST PAS À MOI, TOUT ÇA JE DOIS LE RENDRE, TU COMPRENDS, LE RENDRE ?! TOUT RENDRE !

Oui, c’est le retour de Viripaev et la folle sagesse de ses enivrés, sous la direction de Florent Siaud. Il ouvrira notre saison 2019-2020 sous le signe de l’exubérance, de l’insolence et de l’absolu. Un peu plus tard, ce sera le retour de Martine Beaulne qui présentait il y a une vingtaine d’années, dans ce même espace, les œuvres de Mishima et Milosz. Cette fois-ci, accompagnée d’une puissante équipe de créateurs et d’interprètes, elle offre les mots de Marguerite Duras. Après Warda en 2018, voici une seconde rencontre avec la compagnie Les 2 Mondes pour Becoming Chelsea; l’auteur Sébastien Harrisson et le metteur en scène Eric Jean, deux hommes de théâtre réunis dans une nouvelle association, ont eu envie de déployer leur imaginaire autour de la figure troublante de Chelsea Manning au Prospero.

Pour Christian Fortin, qui a déjà proposé un travail remarqué dans la Salle intime, c’est avec les enjeux importants inscrits dans le texte de Josep Maria Miró que l’on découvrira Le principe d’Archimède. Puis une première incursion dans la dramaturgie des Caraïbes nous fera entendre la beauté d’une langue impétueuse, celle de Guy Régis Jr avec Mourir tendre. Trois jeunes interprètes insufflent à ce texte une musicalité qui donne au spectacle des airs de concert rock. Et Louis-Karl Tremblay qui a mis en scène la radicale Elfriede Jelinek la saison dernière, devait revenir, cette fois avec Mademoiselle Agnès de Rebekka Kricheldorf, autrice allemande à découvrir.  

Dans la salle intime, où se côtoient jeunes artistes et créateurs plus aguerris, les spectacles emprunteront tantôt des formes performatives, tantôt feront entendre des œuvres inédites ou des pièces récentes revisitées, comme Müller et Visniec. Ce qui les relie, un appétit, une conviction de dire, un esprit créatif qui se dégage de leurs propositions.

Pour Margarita Herrera, elle-même migrante, sa rencontre avec le texte Migraaaants est évidente; elle comprend et endosse l’humour acide de l’auteur. Quartett solo nous dévoilera un artiste déroutant, qui accomplit un travail véritablement singulier. Très jeune, Charles Voyer possède déjà une démarche. Pour Le kodak de mon arrière-grand-père, Valery Drapeau, qu’on a apprécié tant de fois à titre d’assistante, se présente cette fois au Prospero en tant que metteure en scène, associée au cinéaste et performeur David Ricard pour cette quête identitaire. Reprise d’un succès, Madame Catherine prépare sa classe de troisième à l’irrémédiable de l’autrice albertaine Elena Belyea, solidifie les liens établis depuis quelques années avec l’homme de théâtre Jon Lachlan Stewart.

L’artiste qui propose un spectacle séduit parfois par son projet mais aussi l’équipe dont il ou elle s’entoure. Pour Notre petite mort, Émilie Lajoie, à la fois autrice et comédienne du spectacle, développe un sujet délicat et fait appel à la comédienne Sophie Cadieux pour la diriger. La Salle intime étant aussi un territoire d’expérimentation, la comédienne Noémie O’Farrell, vue et appréciée au Prospero dans divers spectacles, propose une création avec sa complice artistique Alice Moreau. Ana Pfeiffer, dans le cadre d’un événement hors-série intitulé Happy Hour, s’empare d’une tribune pour expérimenter, développer, présenter son théâtre documentaire.

Les hommes et femmes qui façonnent cette saison incitent aux réflexions vives, aux bouleversements sans doute, à l’emportement peut-être. Comme un habit désiré, puis porté avec amour, qui se déplace avec soi, leurs spectacles vous confient ce que notre monde porte en lui, le meilleur, le difficile aussi, puis le meilleur à nouveau. Bonne saison.

Carmen Jolin
Directrice artistique et générale

Photo Emilie Lapointe