Le Groupe
de la Veillée

Compagnie fondatrice du théâtre Prospero

C’est au retour d’un stage effectué au Théâtre-Laboratoire de Jerzy Grotowski en Pologne, où il fait la rencontre de Téo Spychalski, que Gabriel Arcand fonde Le Groupe de la Veillée en 1974, avec Marie Eckel, Alain Lamontagne, Laurent Rivard, Cristiane Gaudreault, Julien Poulin.

Le Groupe de la Veillée emprunte alors la voie de l’expérimentation théâtrale et présente des spectacles créés en collectif. La compagnie organise également la tenue de stages dans le cadre d’un programme d’ateliers et d’échanges avec des groupes voués à la recherche théâtrale. C’est ainsi que Téo Spychalski, membre du Théâtre Laboratoire de Wroclaw, est invité à diriger plusieurs ateliers entre 1978 et 1981.

Après les premières réalisations de La Veillée, plusieurs de ses membres choisissent de poursuivre des aventures plus personnelles. De nouveaux collaborateurs — Claude Lemieux et Pierre Mainville d’abord, puis Carmen Jolin — se joignent aux activités de la compagnie.

En 1982, l’installation à Montréal de Téo Spychalski marque le début d’une période d’engagement dans la réalisation de spectacles théâtraux d’envergure, diffusés régulièrement devant un public élargi.

Un atelier de formation nommé « Studio de travail de l’acteur » est mis sur pied par Téo Spychalski. Il réunit, à l’origine, un groupe de comédiens stagiaires pour une période de six mois. Il propose un entraînement vocal, corporel ainsi qu’une approche spécifique d’interprétation. Plus tard, des stages se succéderont, dirigés par des collaborateurs proches ou par des animateurs invités.

Durant ces dix premières années, la compagnie se fait reconnaître par la singularité de ses recherches, nourries de laboratoires. Celles-ci se traduisent dans des productions ayant souvent pour point de départ des œuvres phares de la littérature mondiale.

Parmi les productions marquantes de cette période et mises en scène par Téo Spychalski, notons Till l’espiègle et Le journal de Nijinski (1982), L’Idiot de Dostoïevski, œuvre phare de La Veillée (1983), Dans le petit manoir de Witkiewicz (1985), Parade sauvage – théâtre de chansons (1984), Un bal nommé Balzac d’après La peau de chagrin (1987), Les cahiers de Malte Laurids Brigge de Rainer Maria Rilke (1988), La guerre d’après Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline (1991).

De Gabriel Arcand, Miracle de la rose de Jean Genet (1984), Artaud/tête à tête, textes d’Antonin Artaud (1990), Crime et châtiment de Dostoïevski (1991).

De Claude Lemieux, Joseph et ses frères de Thomas Mann (1989), L’Arnaque d’Ernst Junger (1990).

De Carmen Jolin, Parade sauvage, un récital de chansons dont elle compose la plupart des musiques (1984), Penthésilée de Kleist (1990).

Un bal nommé Balzac, d’après La Peau de chagrin et autres textes d’Honoré de Balzac, adaptation et mise en scène Téo Spychalski, 1987 © François Busson

En 1984, La Veillée est à la recherche d’un lieu pour créer et diffuser son travail. Un ancien cinéma abandonné, situé au 1371 de la rue Ontario, sera rapidement transformé en théâtre et
« L’Espace la Veillée » ouvrira ses portes au public, tout en servant aussi à d’autres compagnies en quête de lieu pour présenter leurs créations. Un nouvel espace de diffusion théâtrale prend forme et un partage des espaces et des équipements s’opère.

Entre 1986 et 1990, La Veillée effectue quatre tournées majeures en Europe. Depuis 1999, les tournées au Québec et au Canada font partie intégrante de ses activités.

En 1994, le théâtre fait l’objet d’une reconstruction complète. Dans la volonté de rendre accessibles certaines initiatives novatrices à un public curieux de découvertes, une petite salle, nommée Salle intime, est aménagée au sous-sol et principalement destinée aux artistes de l’émergence.

Invitation est faite aussi à des metteurs en scène à venir enrichir le répertoire de La Veillée par leurs démarches et leurs esthétiques théâtrales. Ont collaboré à ce titre : Martine Beaulne (Don Juan d’Oscar Milosz, 1991) ; Gregory Hlady (Le retour d’Harold Pinter, Amerika de Franz Kafka, 1992, et Le roi se meurt de Ionesco, 1994) ; Elizabeth Albahaca (Le procès de Kafka, 1997, et L’Impromptu de l’Alma de Ionesco, 2003) ; Oleg Kisseliov (Le songe d’une nuit d’été, 1998, Camera obscura, 2001, et La métamorphose, 2007) ; ainsi que Philippe Cyr (Norway.Today, 2010).

En 1999, le lieu prend le nom de théâtre Prospero.

En janvier 2010, Téo Spychalski quitte ses fonctions de directeur après un passage marquant à la compagnie et de nombreuses autres créations (dont La faim, Blackbird, Moi, Feuerbach, Le professionnel). Carmen Jolin, au développement des activités depuis plusieurs années, lui succède. Elle poursuit l’aventure par l’instauration de nouveaux partenariats avec des artistes avant-gardistes de la communauté théâtrale, par la création de nouvelles initiatives (Territoires de paroles), par le resserrement de liens avec de jeunes compagnies et des créateur.trice.s qui portent des projets audacieux. On compte parmi ceux et celles-ci, Christian Lapointe (Oxygène de Viripaev), Catherine Vidal (Des couteaux dans les poules, Avant la retraite, Je disparais), Florent Siaud (Illusions et Les enivrés de Viripaev), Angela Konrad (Platonov, amour, haine et angles morts), Roland Auzet (Écoutez nos défaites END, The One Dollar Story), Joël Beddows (Solstice d’hiver), sans oublier le retour de Gregory Hlady (La noce, La danse de mort, Le joueur).

Son mandat marque également le retour de La Veillée à la tournée internationale (Écoutez nos défaites END en 2018, Nous l’Europe, banquet des peuples en 2019) et la diffusion de nombreuses coproductions impliquant des artistes du Québec et d’ailleurs (Ontario, France, Suisse, Haïti).

Fin 2020, elle annonce la fin de son cycle de direction. La saison 2021-2022 constitue sa dernière programmation.

En un peu plus de quatre décennies, avec près de soixante-dix créations et l’accueil de plus de 335 autres productions, La Veillée et le lieu effervescent qu’elle anime, le Prospero, sont devenus des points d’ancrage et de rayonnement de la création et de l’exploration théâtrale sous des formes multiples pour le développement de points de vue distinctifs.

Encore aujourd’hui, le fondateur et les membres de La Veillée qui ont assuré son essor demeurent présents à divers titres et participent aux enjeux actuels et au développement du Prospero.

Trans-Atlantique, de Witold Gombrowicz, adaptation et mise en scène Téo Spychalski, 2004

Mission

Favoriser la découverte et l’exploration d’approches dramaturgiques singulières. Pour chaque projet, la compagnie prend soin à ce que l’approche soit fidèle autant à l’esprit des textes qu’à la personnalité artistique du metteur en scène et des créateurs des rôles, les acteurs, qui tiennent une place centrale dans le processus.

Un double mandat

Créer, produire, faire rayonner les créations de La Veillée ; présenter des œuvres puisées dans la littérature étrangère, en mettant un accent sur la dramaturgie contemporaine sans exclure les textes du répertoire « classique » dans la mesure où leur relecture en propose une vision neuve. Tout cela afin d’assurer la diversité des formes pour éviter qu’un style ne devienne une routine. Dans cet esprit, la compagnie invite des créateurs nouveaux qui partagent ses valeurs à joindre l’équipe pour y développer leur création dans le respect de leur vision.

La Veillée embrasse également un rôle de diffuseur et d’animation du théâtre Prospero, lieu d’ancrage pour développer un point de vue particulier sur la création théâtrale, espace de rencontres ouvert à l’altérité.

Avant la retraite, de Thomas Bernhard, mise en scène Catherine Vidal, 2014 © Matthew Fournier