Mot de
la direction

Avant de laisser aux soins de Philippe Cyr la construction des prochaines saisons théâtrales, c’est le cœur serein et heureux que je vous présente la programmation 21-22 du Prospero, plus que jamais effervescent dans sa singularité.

Cette saison reflète les trajectoires empruntées au cours des 11 dernières années, comme un portrait, un miroir des actions menées :

  • la mission d’exploration est toujours affirmée ;
  • les alliances avec des collaborateur.trice.s artistiques de longue date sont présentes ;
  • l’ouverture à de nouveaux partenariats se poursuit ;
  • la dramaturgie contemporaine et sa poésie sont toujours à l’honneur ;
  • des liens internationaux et canadiens sont maintenus.

Cette programmation est résolue et propose un choix d’œuvres pleinement désirées. Un esprit d’aventure l’anime. Les œuvres rendent compte de la complexité, de la beauté et de la cruauté de notre époque. Elles font voir le poids de nos gestes et de nos passions, nos vulnérabilités ; elle dévoile les jeux souvent éprouvants de l’amour et les relations de pouvoir qui s’y exercent. Elles épousent la condition humaine dans toutes ses contradictions. Les sujets délicats y sont traités et assumés.

Les spectacles que vous aurez l’occasion de voir portent les traces de ce qui leur a donné naissance, les parcours empruntés, leurs fulgurances et leurs écueils. Les derniers mois de la pandémie nous ont obligés à avoir recours à toutes nos forces et nos astuces pour réaliser des travaux de création ensemble. Les difficultés rencontrées, les erreurs frôlées ou carrément faites, y sont inscrites. Peut-être un spectacle ne présente-t-il que le segment d’un parcours et non un achèvement ; il fige momentanément un moment et le livre en partage, mais parler de son aboutissement final n’est peut-être qu’une illusion. Car le travail ne cesse jamais, et même dans les moments de pause ou d’arrêt, il chemine en nous, autant chez les créateurs que chez les spectateurs ; il se prolonge et ne disparaît jamais.

Sur la scène artistique, dans le respect et dans une ouverture à toutes les multiplicités des vécus, tous les sujets doivent être traités ; on ne refuse de parler d’aucun enjeu, on ne craint pas de « se » déranger, de poser un éclairage sur ce qui nous gêne. La scène artistique doit être saisie, trempée de la sueur de toutes les sphères, les aspérités, tous les champs de l’expérience du vivre.

Les diktats, les modes ou obligations n’y ont pas leur place, des choix lucides et responsables habitent – ou en tout cas doivent habiter – les artisans de la scène. Une intelligence intuitive, une pleine conscience guide et anime le cœur des artistes qui est large et bat rapidement ; une grande quantité de sang irrigue ses mouvements, et il n’a pas à être contenu. Il est vigilant, il veille.

Ainsi, nous revenons au théâtre avec une nouvelle ferveur. Cet espace a soif de rassemblements, de liberté, avec des publics réunis dans une vibrante présence.

Après avoir eu le privilège de participer au développement de cette maison de création, je remercie tous ceux et celles qui m’ont accompagnée, soutenue et nourrie dans cette aventure d’une vie.

Carmen Jolin
Le Groupe de la Veillée