Scène principale

4.48 Psychose

Texte
SARAH KANE

Traduction
Guillaume Corbeil

Mise en scène
Florent Siaud

Avec Sophie Cadieux

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mai 2022
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Résumé

Figure sulfureuse de la dramaturgie britannique, Sarah Kane signe avec 4.48 Psychose sa pièce ultime, traversée par l’intuition oppressante de la mort comme par une étonnante pulsion de vie. Derrière les éclats poétiques d’un texte fragmentaire émerge la voix d’une femme brillante qui veut rester intègre avec elle-même, sans se conformer aux normes sociales.

Pour le metteur en scène Florent Siaud, ce chef-d’oeuvre absolu du répertoire contemporain « déploie la parole javelot d’une femme-littérature, d’une femme-lucidité ». S’appuyant sur le rythme d’une efficace traduction québécoise et un environnement scénique quasiment lynchéen, la performance physique de Sophie Cadieux entraîne le public dans une traversée de l’ombre et de la lumière.

D’abord présentée à La Chapelle Scènes Contemporaines en 2016, puis au Théâtre Paris-Villette en France, cette création des Songes turbulents a été saluée aux Prix de la AQCT 2016 (finaliste catégorie mise en scène, lauréate [Sophie Cadieux] catégorie interprétation féminine).

Durée : 55 minutes

Veuillez noter que ce texte évoque les questions de suicide et de santé mentale. De plus, des bruits de coups de feu sont entendus durant la représentation.

  • Production

    Les songes turbulents

  • Texte

    Sarah Kane

  • Traduction

    Guillaume Corbeil

  • Mise en scène

    Florent Siaud

  • Avec

    Sophie Cadieux

  • Régie générale

    Valery Drapeau, Sandy Caron

  • Lumières

    Nicolas Descôteaux

  • Vidéo

    David B. Ricard

  • Conception sonore

    Julien Éclancher

  • Scénographie et costumes

    Romain Fabre

Bande-annonce du spectacle
Sarah Kane
Née le 3 février 1971 à Brentwood, dans l’Essex (Grande-Bretagne), Sarah Kane entreprend des études dans le département de théâtre de l’université de Bristol. Elle signe rapidement une œuvre ramassée, dérangeante. En se pendant le 20 février 1999 dans les toilettes de l’hôpital King’s College de Londres, elle y met un terme abrupt.
Ses premières pièces Anéantis, L’Amour de Phèdre et Purifiés défraient la chronique et participent à l’émergence d’un théâtre « In Yer-Face » qui bouleverse la scène londonienne à travers des textes coups-de-poing signés Sarah Kane, mais aussi Mark Ravenhill ou Irvine Welsh. Pour reprendre Aleks Sierz, « c’est un théâtre du ressenti : il secoue les spectateurs et les acteurs pour les faire sortir des sentiers battus, […] il parle de ce qui est interdit, il crée le malaise. Au fond, il nous en dit long sur ce que nous sommes vraiment. » Puis, alors que Kane jouait jusque-là sur le choc des images et de la violence paroxystiques des situations, sa plume accentue une poéticité qu’elle cultive depuis le début et prend le chemin radical d’une esthétique épurée.
Dans les pièces Manque et 4.48 Psychose, les personnages perdent leurs contours à travers une série de fragments où l’ellipse et l’abstraction atteignent un point de non retour. La prise de parole n’est plus localisée dans un sujet reconnaissable, le texte projette au-delà du quatrième mur sa forme déconstruite et polyphonique.
Sur une période brève (de 1994 à 1999), Sarah Kane aura développé un style à la fois condensé, cruel et poétique, hanté par des références littéraires persistantes à William Shakespeare, Antonin Artaud, Samuel Beckett, T.S. Eliot, Howard Barker, Edward Bond ou Martin Crimp. Mettant en scène une confrontation avec l’implacable, ses cinq pièces posent des questions politiques et existentielles dans un style où le tragique côtoie l’humour macabre et le sublime. Obsédée par la façon dont l’individuel peut s’articuler au collectif, Kane impose au spectateur une réflexion éthique sur notre aptitude à être honnête envers nous-mêmes.
Florent Siaud
Depuis 2011, le metteur en scène français Florent Siaud déploie son travail entre l’Europe et le Canada. Passionné par les écritures théâtrales des XXe et XXIe siècles, il met en scène à Montréal des textes éclatés et corrosifs comme le Quartett de Müller (La Chapelle Scènes Contemporaines), 4.48 Psychose de Kane (La Chapelle Scènes Contemporaines et Théâtre Paris-Villette), Don Juan revient de la guerre de von Horváth (Théâtre Prospero), Toccate et fugue de Lepage (Centre du Théâtre d’Aujourd’hui), Les Enivrés de Viripaev (Théâtre Prospero), ou Nina, c’est autre chose de Vinaver (La Chapelle Scènes Contemporaines, Comédie de Picardie, Théâtres de la Ville de Luxembourg). Son attirance pour les écritures aiguisées le conduit à aborder des classiques comme La Dispute de Marivaux (Studio Alfred-Laliberté), Les Trois sœurs de Tchekhov (Monument national), Britannicus de Racine (Théâtre du Nouveau Monde) et Hamlet de Shakespeare (Théâtre Rouge).
À l’opéra, il met en scène Le Combat de Tancrède et Clorinde de Monteverdi, Pelléas et Mélisande de Debussy (Opéra National de Bordeaux, repris en tournée à Kanazawa et Tokyo au Japon, avec Philippe Béziat), La Tragédie de Carmen, adaptation chambriste de l’œuvre de Bizet par Carrière et Brook (Théâtre Impérial de Compiègne en mai 2019), et l’opéra Les Bains macabres de Guillaume Connesson (Théâtre de l’Athénée à Paris et Théâtre Impérial de Compiègne). Parmi ses projets lyriques, citons de nouvelles productions d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski au Théâtre du Capitole de Toulouse et La Beauté du monde de Michel Marc Bouchard et Julien Bilodeau à l’Opéra de Montréal.
Artiste en résidence aux Théâtres de Compiègne, ancien élève de la section théâtre de l’École normale supérieure de Lyon et agrégé de Lettres modernes, Florent Siaud est titulaire d’un doctorat en études théâtrales en France et au Québec. Il a été dramaturge ou assistant à la mise en scène en France, en Autriche, en Allemagne ou au Canada. L’Académie du Festival d’Aix-en-Provence l’a sélectionné en 2014 pour suivre un workshop dirigé par le dramaturge britannique Martin Crimp. La quasi-intégralité des spectacles de théâtre qu’il a montés avec sa compagnie « Les songes turbulents » ont été finalistes ou lauréats aux prix de la critique du Québec, catégories « meilleur spectacle », « meilleure mise en scène », « meilleure interprétation masculine » ou « meilleure interprétation féminine. »
Sophie Cadieux
Artiste au pluriel, Sophie Cadieux a participé à plus d’une trentaine de spectacles. En 2016, elle est récipiendaire du Prix de la critique de l’Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT), catégorie « meilleure interprétation féminine de l’année », pour 4.48 Psychose de Sarah Kane, dans une mise en scène de Florent Siaud, qu’elle retrouve en 2017 dans Toccate et fugue, d’Étienne Lepage (Centre du Théâtre d’Aujourd’hui). Dans les dernières années, on a pu la voir dans La Fureur de ce que je pense sur des textes de Nelly Arcand (spectacle repris en septembre 2018 aux Francophonies du Limousin de Limoges) ou encore La Vie utile sur un texte d’Evelyne de la Chenelière (présenté au Festival Trans-Amérique 2018 de Montréal), deux productions d’ESPACE GO. Également excellente improvisatrice, Sophie Cadieux a reçu le Trophée Pierre Curzi - Recrue de l’année, remis par la Ligue Nationale d’improvisation (LNI). En 2011, elle est nommée Artiste en résidence au Théâtre ESPACE GO. En 2014, elle y signe sa première mise en scène avec la pièce Tu iras la chercher de Guillaume Corbeil. Elle a également été cofondatrice et codirectrice artistique du Théâtre de la Banquette arrière.
Au petit écran, on a pu apprécier l’étendue de son talent d’interprète dans plusieurs séries québécoises où elle est apparue et plus particulièrement dans la série Rumeurs, en début de carrière, où elle s’est faite connaître du grand public grâce à son interprétation touchante de la colorée Clara. Elle fut également en nomination pour plusieurs rôles (Les Lavigueur, la vraie histoire; Stan et ses stars), mais c’est la série jeunesse Watatatow qui lui a valu une nomination dans un premier temps, ainsi qu’un prix Gémeaux l’année suivante. Récemment, on a eu le plaisir de la voir dans le rôle principal de la série Lâcher prise, rôle pour lequel elle a raflé un prix d’interprétation au Gala des prix Gémeaux, le gala télévisé le plus estimé dans l’industrie au Québec.
Au cinéma, elle n’est pas en reste puisqu’elle a notamment fait partie de la distribution des films La vallée des larmes de Maryanne Zéhil, Funkytown de Daniel Roby, Tromper le silence de Julie Hivon, Jaloux de Patrick Demers, Les rois mongols de Luc Picard, ainsi que du court métrage Quelqu’un d’extraordinaire, de Monia Chokri.
Photos du spectacle
Photos
Dans les médias
  • Florent Siaud abandonne le fantôme de l’autrice suicidée pour rendre hommage à une intelligence vive et lucide déjouant les discours standardisés (corps médical, développement personnel) via un humour corrosif. Plutôt qu’une disparition tragique, c’est donc la fougue d’une femme dissidente, en proie à un amour insoumis et violent, que l’on retient de l’interprétation bouleversante de Sophie Cadieux.

  • Sophie Cadieux livre une performance d’une grande force. Plusieurs moments de son interprétation sont à couper le souffle. Florent Siaud a su aller à l’essence même de chaque phrase, virgule et respiration de ce texte, parfois obscur, et très exigeant.

  • ★★★★★
    Sophie Cadieux domine la scène, comme celle-ci tentait de la surpasser. Peu à peu, s’opère un jeu de correspondances entre la mise en scène de Florent Siaud, contrôlée, furieusement intransigeante, immuable dans son existence, mais en même temps complice avec le jeu intrépide de Sophie Cadieux.

  • Florent Siaud réussit parfaitement à nous faire entrer dans la tête de cette femme en détresse psychologique. […] Le jeu de la comédienne Sophie Cadieux est à couper le souffle. […] On assiste à une performance de haute voltige.

  • Avec presqu’une heure de texte à livrer, les artistes de la scène montréalaise ont donc eu la mission de dynamiser, structurer et imager la poésie crue de Sarah Kane. Mission accomplie par la comédienne, le metteur en scène et toute l’équipe technique.

  • Director Florent Siaud has successfully discovered the beating heart of the play, aided no end by Cadieux’s blistering, sometimes caustically funny performance

  • Ce n’est pas tous les jours qu’on a envie de plonger dans la détresse d’une femme en pleine dérive, et pourtant, je recommande à quiconque aime le théâtre ou les méandres de la psyché de le faire, en allant voir au plus vite la pièce 4.48 Psychose. Sophie Cadieux y est tout simplement, pour ne pas dire entièrement, phénoménale.

  • Sophie Cadieux porte avec brio ce monologue intense d’environ une heure qui nous plonge au coeur d’un drame comme il en existe sans doute autour de nous à différents degrés d’intensité. Si on a souvent tendance à ignorer les problèmes de santé mentale, ce n’est pas le cas dans cette pièce qui braque les projecteurs sur des causes profondes du mal de vivre.

  • Florent Siaud et Sophie Cadieux nous proposent alors un voyage intérieur en nous tendant un miroir et chacun pourra alors se voir et ressentir sa propre fragilité et à travers laquelle peut naître aussi l’espoir.

  • Sophie Cadieux : “Dans le fond, ce qui est saisissant, c’est de voir que ce texte-là ne cesse de se reformer par lui-même, de s’approfondir, de se révéler à lui-même.”

  • Les mots insoumis de Kane (écrits juste avant le suicide de cette dernière), la mise en scène physique de Florent Siaud et le jeu sans compromis de Sophie Cadieux ont valu à cette production les éloges des critiques et du public. Une chance inespérée de voir un spectacle que certains ont qualifié de sublime.

  • Souvent on a tendance à présenter le texte de façon un peu clinique, un peu morne comme si cette personne était déjà en dehors de la vie, proche de la mort. Alors qu’on s’aperçoit que, quand on retourne au texte anglais, c’est très dynamique, c’est plein d’humour noir, très corrosif. Il y a un côté rock, presque. C’est très varié comme style, ce n’est pas du tout dépressif! On a essayé de restituer ça dans la dynamique de jeu, dans l’adresse avec le public qui est très ludique, parfois sombre et parfois très énergétique.

  • Comment [Sophie Cadieux] se sent-elle dans cet univers psychotique ? “Même si je suis l’unique interprète sur scène, je ne me sens pas seule car j’interpelle le spectateur dans ce qui devient presque une confession. Après ma performance d’environ une heure, mon corps est fatigué mais, en même temps, il est électrisé ! En plus, cette traversée de l’ombre et de la lumière résonne peut-être encore plus fort aujourd’hui dans notre époque de crises.”

  • Sophie Cadieux irradie dans cet intense monologue. […] Durant une heure, de la joie et une euphorie fugace traversent le plateau. […] L’actrice joue tout autant la volonté de vivre et l’espoir d’une issue que l’embourbement inéluctable dans la mort.

  • La comédienne Sophie Cadieux pulvérise tout ce que l’on croyait savoir de ce texte de Sarah Kane. Impressionnant. […] L’accord du metteur en scène audacieux et ferme dans ses choix et de cette femme debout […] donne à cette heure de théâtre, de littérature, d’émotion une puissance toute particulière. […] il faut voir ce grand moment.

  • Florent Siaud est [un] merveilleux directeur d’acteurs. Il a amené Sophie Cadieux au sublime dans 4.48 Psychose.

  • Mémorable ! […] C’est vraiment très fort, très puissant, vraiment remarquable.

  • Tout en restant fidèles à l‘esprit irrévérencieux et décalé de Kane, ces sombres fragments sont présentés sous l’aspect d’une comédie noire à la sensualité inattendue - une touche légèrement déplacée, mais parfaitement assumée par la mise en scène. […] Excellente performance de Sophie Cadieux qui livre une heure de monologue intense et hypnotisant.

  • Photo de la marquise

    Maxyme G. Delisle / Consulat